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Edited by Mathias Segura, Friday, 27 March 2020, 3:05 PM



- La partition et le numérique -


Cette semaine nous vous présentons différentes ressources concernant les partitions à l’heure du numérique qui pourront vous être utiles dans les prochaines semaines.


- Différents modèles économiques -

À l’heure actuelle, la partition numérique est loin d’être une évidence : les offres sont encore limitées, pas toujours légales, et cela nécessite non seulement l’acquisition de tablettes grand format aux prix élevés -et fragiles de surcroît- mais également, pour être vraiment fonctionnelles, de bénéficier d’une bonne connexion Internet, dont sont encore privés nombre de conservatoires et écoles de musique.

En 2019, une enquête menée par Claire Cappé pour son mémoire de stage auprès des professeurs et du personnel administratif de l’ensemble des EEA a permis d’identifier un peu plus précisément leurs habitudes et besoins. Au final, plus de 330 personnes y ont répondu, dans des proportions représentatives des différents statuts des EEA.

Trois personnes sur quatre déclarent ainsi préférer la version papier, mais ils sont tout autant à quand même utiliser des offres numériques pour découvrir des partitions. La demande semble principalement se diriger vers des partitions majoritairement gratuites et/ou libres de droit, permettant aux utilisateurs d’imprimer eux-mêmes ce dont ils ont besoin, usage qui se situe aux antipodes du modèle traditionnel de l’édition de partitions.

Toutefois, ces offres numériques ne semblent pas non plus répondre à tous les besoins de partitions : la musique d’ensemble est particulièrement recherchée, peut-être en raison d’une augmentation de la pratique collective en EEA. Or, celle-ci est relativement rare parmi les offres numériques gratuites, et souvent compliquée à chercher : rares sont en effet les catalogues permettant d’identifier des partitions en fonction de formations aux effectifs et aux instruments très variables.


- L’édition traditionnelle -

Comme dans la plupart des industries culturelles, le marché de l’édition de partitions en France est un oligopole à frange, où quelques grands groupes concentrent la majorité de ventes, une myriade de petits éditeurs se partageant le reste. C’est le plus souvent chez ces derniers qu’une offre numérique ce développe, les plus grands groupes privilégiant le papier. Citons notamment les éditions :

Qui permettent l’achat de partition au format PDF, malgré le risque de copie. Toutefois, ce n’est le plus souvent qu’une copie du papier sur un support numérique, sans ajouts de fonctionnalités supplémentaires, comme l’ajout de pistes sonores, la tourne de page automatique,.


- La partition sous licence -

L’essor du numérique a également permis à des modèles économiques différents du circuit traditionnel d’émerger. Le site Free-scores --> (https://www.free-scores.com/) en est un des exemples. Ici, l’éditeur se transforme plutôt en hébergeur de partitions, laissant chaque compositeur libre de fixer lui-même le prix de vente de son œuvre, y compris gratuit. Le système étant reconnu par la SACEM, les compositeurs peuvent en effet préférer renoncer au prix de vente de leurs oeuvres pour en favoriser la diffusion, et se rémunérer par les droits d’auteurs reçus à chaque interprétation publique. Mais comme pour l’édition traditionnelle, il ne s’agit le plus souvent « que » de partitions en format PDF, sans fonctionnalités supplémentaires.


- La partition libre de droit -

Techniquement proche de la partition sous licence, mais philosophiquement différente, la partition libre de droit repose sur le choix délibéré d’un compositeur de renoncer à ses droits d’auteurs. Différentes licences existent, mais les plus connues sont certainement les licences Creative Commons, qui permettent d’exclure différents usages : modifications et usage commercial notamment. Les licences Creative Commons sont également reconnues par la SACEM, et ouvre droit à rémunération dans certaines conditions. Le logiciel Musescore --> (https://musescore.org/), pendant libre de logiciels d’édition de partitions comme Finale ou Sibelius comprend également une communauté active alimentant un catalogue de partitions en Creative Commons, bénéficiant cette fois de fonctionnalités supplémentaires.


- La partition du domaine public -

En France, et dans la plupart des pays occidentaux, le droit d’auteur est fixé actuellement à 70 ans après la mort du compositeur, avec d’éventuelles prorogations. Mais il faut également distinguer l’œuvre intellectuelle de sa matérialisation : le droit d’auteur est également applicable à la mise en page d’une partition.

Certains sites, comme l’IMSLP --> (https://imslp.org/wiki/Main_Page) ou encore son équivalent spécialisé pour les chorales le CPDL --> (https://www.cpdl.org/), mais également Gallica, le portail de la Bibliothèque Nationale de France (https://gallica.bnf.fr/html/und/partitions/partitions?mode=desktop) ont entrepris numériser les partitions suffisamment anciennes pour que le contenu et l’objet soient tous deux dans le domaine public. Ces œuvres sont donc dès lors diffusables et interprétables librement, sans contreparties financières. En fonctions des sources et des sites utilisés, les partitions auront des fonctionnalités supplémentaires plus ou moins avancées.


- La partition en streaming -

Nouveau secteur, le streaming de partitions en est encore à ses balbutiements. A l’instar de services de diffusion de films et séries comme Netflix, l’idée est de pouvoir accéder en illimité à un catalogue de partitions issues de plusieurs éditeurs en échange d’un abonnement mensuel, sans possibilité toutefois de téléchargement permanent ou d’impression. Citons notamment Nkoda (https://welcome.nkoda.com/), vaste catalogue de plus de 100 000 partitions (la grande majorité étant dans le domaine publique) ainsi que Metronaut --> (https://www.antescofo.com/fr/) et NomadPlay --> (https://www.nomadplay.fr/), deux plateformes françaises au catalogue nettement plus restreint, mais y associant systématiquement des enregistrements. Même si cela est en passe de changer, les services numériquement natifs tendent cependant à disposer essentiellement de partitions du domaine public et donc un ne disposer que d’un répertoire ancien.


- Augmenter la partition -

Citons pour finir deux outils aux modalités un peu différentes, puisque visant en priorité une augmentation de vos partitions :

  • Newzik --> (https://newzik.com/), une application permettant notamment la gestion de partitions numériques, aussi bien en format PDF que XML, et surtout le partage d’annotations pour tout un orchestre. Newzik s’est également associé à plusieurs éditeurs, permettant l’achat ou la location de partitions

  • ChorusPoint --> (http://www.choruspoint.com/), une application permettant de transformer une partition papier en partition numérique par l’ajout d’un calque qui gère la tourne de page, le tempo, le volume des différentes pistes sonores, etc. Ce système présente l’intérêt de pouvoir s’appliquer à toutes les partitions que vous possédez, sans exception, indépendamment du droit d’auteur.



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